Quarante-huit

Le jour tombait et le vent froid le saisit lorsqu’il sortit de la voiture. Mais la maison de planteur avait un air accueillant avec toutes ses fenêtres éclairées d’une chaude lumière jaune. Aaron l’attendait à la porte, emmitouflé jusqu’au cou.

— Tenez, c’est pour vous ! dit Michael. Joyeux Noël, mon ami. (Il lui mit dans les mains une petite bouteille enveloppée de papier-cadeau.) Ce n’est pas une très grande surprise, mais c’est le meilleur cognac que j’aie trouvé.

— Vous êtes vraiment très gentil, répondit Aaron en souriant. Je vais le savourer jusqu’à la dernière goutte. Mais entrez donc ! Il fait si froid. J’ai aussi quelque chose pour vous, mais c’est pour plus tard.

Il faisait délicieusement chaud à l’intérieur. Il y avait dans le salon un grand sapin décoré d’or et d’argent. Michael fut très surpris. Même le manteau de la cheminée était décoré de houx. Et un bon feu flambait dans l’âtre.

— C’est une fête très ancienne, Michael, dit Aaron en anticipant sa question. Elle remonte bien avant le Christ. Le solstice d’hiver, la période où toutes les forces de la terre sont à leur paroxysme. C’est probablement pourquoi le fils de Dieu a choisi cette période pour naître.

Michael ôta son manteau et ses gants, les remit à Aaron et tendit ses mains vers le feu pour les réchauffer. Le vent cognait contre les portes-fenêtres givrées qui laissaient à peine entrevoir la verdure du dehors.

Dès qu’il s’assit, il sentit le nœud dans sa gorge se dénouer. Il avait envie de hurler. Il prit une profonde respiration et, balayant la pièce des yeux, il se lança sans préambule.

— C’est arrivé, dit-il d’une voix chevrotante. Elle me ment. Il est là avec elle et elle ne m’en parle pas. Depuis mon retour, elle n’a pas cessé de me mentir.

— Dites-moi ce qui s’est passé, dit Aaron, le visage plein de bienveillance.

— Elle ne m’a même pas demandé pourquoi j’avais précipité mon retour de San Francisco. C’était comme si elle savait. Je lui ai dit au téléphone que la créature essayait de me tuer et elle ne m’a posé aucune question.

Aaron ne disait rien. Il avait mis un coude sur le bras de son fauteuil et un doigt sous sa lèvre inférieure. Il avait l’air attentif et pensif.

— Continuez ! dit-il.

— J’ai eu un flash qui m’a presque tout rappelé. Je ne me souviens pas de tout ce que les visions m’ont dit mais j’ai retrouvé mes impressions. Elles veulent que j’intervienne. Elles m’ont parlé de quelque chose concernant les moyens les plus vieux et les plus simples à ma disposition. J’ai à nouveau entendu ces paroles. J’ai entendu Deborah me parler. C’était elle. Mais elle n’était pas comme sur le tableau, Aaron. Et puis j’ai une autre preuve…

— Oui…

— Ce que Llewellyn vous a affirmé. Rappelez-vous. Il a dit avoir vu Julien en rêve mais qu’il n’était pas le même qu’en chair et en os. Vous vous rappelez ? Eh bien, tout concorde. Dans ma vision, Deborah était une personne différente. Et dans ce virage, à San Francisco, je les ai sentis tous les deux. Et ils étaient comme dans mes souvenirs : sages, bons et sachant un tas de choses. Mon Dieu, quand je repense à l’expression de Julien derrière cette fenêtre. C’est indescriptible. Il était à la fois inquiet et imperturbable…

— Je vois ce que vous voulez dire.

— « Rentrez chez vous, m’ont-ils dit. On a besoin de vous là-bas. » Aaron, pourquoi ne m’a-t-il pas regardé en face, dans la rue ?

— Il y a un las de raisons possibles. En tout cas, il semble évident qu’ils ont du mal à se matérialiser, contrairement à Lasher. Et ce point est primordial pour notre compréhension des événements. Mais nous y reviendrons. Poursuivez…

— Vous devinez la suite : je suis rentré dans un avion privé, limousine et tout le tralala, comme une rock star. C’est Ryan qui a tout arrangé. Et elle ne m’a demandé aucune explication. Vous savez pourquoi ? Parce qu’elle n’est pas la vraie Rowan. Elle est prise dans quelque chose que j’ignore. Elle me sourit et fait semblant et me regarde avec ses grands yeux gris tristes. Aaron, le pire c’est que…

— Dites-moi, Michael.

— Elle m’aime, Aaron. J’ai l’impression qu’elle me supplie en silence de ne pas l’affronter. Elle sait très bien que je ne suis pas dupe. Je le sens quand je la touche ! En silence, elle m’implore de ne pas la pousser dans ses derniers retranchements, de ne pas la forcer à mentir. C’est comme si elle me suppliait, Aaron. Elle est désespérée. Je jurerais même qu’elle a peur.

— Oui, Michael. Elle est en plein dedans. Elle est venue m’en parler. Il a établi le contact après votre départ et peut-être même avant.

— Vous le saviez ? Mais pourquoi me l’avoir caché ?

— Michael, il s’agit d’une créature qui sait tout ce que nous nous disons. Même en ce moment.

— Mon Dieu !

— Il n’existe aucun endroit où nous pourrions lui échapper. A l’exception, peut-être, du sanctuaire de nos propres esprits. Rowan m’a dit bien des choses. Mais le point capital est que tout repose entre ses mains.

— Aaron, il faut entreprendre quelque chose. Nous savions que cela se produirait, nous savions qu’il allait le faire. Et vous, vous le saviez bien avant de me connaître.

— Michael, c’est justement là le point délicat. Elle est la seule à pouvoir agir. Et en l’aimant, en restant proche d’elle, vous utilisez les fameux moyens si simples à votre disposition.

— Cela ne suffit pas ! Vous auriez dû m’appeler, Aaron. Vous auriez dû me prévenir.

— Ecoutez, passez votre colère sur moi si cela vous fait du bien mais elle a proféré des menaces contre moi si je vous parlais. Certaines de ces menaces étaient déguisées en mises en garde. Elle m’a dit que son compagnon invisible voulait me tuer et allait bientôt le faire. Mais c’étaient bien des menaces.

— Et c’était quand ?

— Aucune importance. Elle m’a dit de retourner en Angleterre avant qu’il ne soit trop tard.

— Elle vous a dit ça ? Et quoi d’autre ?

— Je ne lui ai pas obéi mais je ne peux pas faire grand-chose de plus ici. Je sais qu’elle voulait que vous restiez en Californie pour votre sécurité. Mais la complexité de la situation empêche toute interprétation littérale de ses propos.

— Je n’y comprends rien. Quelle interprétation littérale ? Quelle autre sorte d’interprétation peut-il y avoir ? Je ne vous suis plus.

— Michael, elle m’a parlé par énigmes. C’était moins une conversation qu’une démonstration de force. Je vous rappelle que cette créature, si elle le veut, peut être avec nous dans cette pièce. Il n’existe aucun endroit sûr où nous pourrions comploter contre Lasher. C’est un peu comme une guerre dans laquelle les forces en présence connaîtraient d’avance, par quelque phénomène télépathique, la stratégie de l’autre.

— Cela ne ferait que renforcer l’intérêt de la chose mais tout resterait possible.

— Certes, mais cela ne servirait à rien que je vous répète l’intégralité de ce que Rowan m’a dit. En substance, elle est l’adversaire le plus fort qu’il ait jamais eu.

— Aaron, il y a déjà longtemps, vous lui avez dit de ne pas laisser cet esprit l’emmener loin de nous. Vous l’avez prévenue qu’il chercherait à l’éloigner de ceux qu’elle aime.

— C’est exact. Et je suis persuadé qu’elle ne l’a pas oublié. Mais c’est à elle de décider.

— Vous voulez dire qu’il ne nous reste plus qu’à attendre et qu’elle doit se débrouiller seule ?

— Je dis en effet que vous devez continuer à jouer le rôle qui vous a été assigné : l’aimer, rester auprès d’elle, lui rappeler par votre présence ce qui est naturel et bon. Il s’agit d’un combat entre le naturel et le non-naturel, Michael. Peu importe la constitution de cet esprit, peu importe d’où il vient : c’est une lutte entre la normalité et l’aberration.

Il sourit tristement.

— Toute sa vie, elle a été tiraillée entre le naturel et l’aberrant, poursuivit-il. Les créatures comme Lasher ne peuvent changer leur nature fondamentale. Elles ne peuvent que travailler sur les traits distinctifs qu’elles possèdent déjà. Personne ne désirait plus que Rowan la ravissante robe blanche qu’elle portail à votre mariage. Personne ne désire plus qu’elle la famille qu’elle s’est trouvée. Et personne ne désire plus qu’elle l’enfant qu’elle porte.

— Elle ne parle même plus du bébé, Aaron. Elle n’en a pas parlé une seule fois depuis mon retour. Je voulais annoncer la bonne nouvelle à la famille, ce soir, mais elle ne veut pas. Elle dit qu’elle n’est pas prête. Et cette réception, je sais que c’est un calvaire pour elle. C’est Béatrice qui l’a poussée à l’organiser.

— Je sais.

— Je lui parle tout le temps du bébé. J’embrasse son ventre et je parle à Chris – c’est le nom que je lui ai donné – et elle sourit, mais ce n’est pas Rowan. Si elle perd la bataille contre Lasher, je vais perdre la mère et l’enfant. Cette idée me ronge.

— Rentrez chez vous et restez auprès d’elle. Tout près d’elle. C’est ce qu’ils vous ont dit de faire.

— Et ne pas l’affronter ? C’est cela que vous voulez dire ?

— Vous ne feriez que l’inciter à mentir. Ou pis encore.

— Et si nous y allions ensemble pour essayer de la raisonner ?

Aaron secoua la tête.

— Elle et moi avons eu une petite épreuve de force. C’est pourquoi j’ai décliné l’invitation de ce soir. Si j’y allais, ce serait les défier, elle et son sinistre compagnon. Si je pensais que cela pourrait aider à quelque chose, j’irais. Je prendrais tous les risques pour apporter mon aide. Mais, en l’occurrence, ce serait une erreur.

Michael hocha la tête.

— D’accord. Vous savez, j’ai la même impression que si elle m’était infidèle.

— Il ne faut pas le prendre comme ça, et surtout pas être en colère contre elle.

— C’est ce que je m’évertue à me dire.

— Il y a une autre chose que je dois vous révéler. Cela n’aura sans doute aucune importance, en fin de compte. Mais s’il m’arrive quelque chose, j’aimerais que vous le sachiez.

— Vous craignez qu’il ne vous arrive quelque chose ?

— Honnêtement, je l’ignore. Mais écoutez-moi bien. Pendant des siècles, nous nous sommes interrogés sur la nature de ces entités apparemment désincarnées. Aucune intelligence sur terre ne nie leur existence mais personne ne sait ce qu’elles sont réellement. L’Église catholique les considère comme des démons et a élaboré un tas d’explications théologiques à leur sujet. Pour elle, ce sont des êtres malfaisants et destructeurs. Nous pourrions ne pas tenir compte de son opinion si elle n’avait pas une attitude très sage sur le comportement et les faiblesses de ces entités. Mais je m’écarte du sujet.

« Les membres du Talamasca sont toujours partis du principe que ces entités sont très similaires aux esprits des morts. Ils ont en commun le fait qu’ils ne possèdent pas de corps mais une intelligence enfermée dans une sorte de royaume particulier entourant les êtres vivants.

— Et Lasher pourrait être un fantôme, c’est cela que vous voulez dire ?

— Oui. Rowan a fait une découverte capitale : elle prétend que Lasher possède une structure cellulaire et l’ensemble des composants fondamentaux de toute vie organique.

— Alors, il serait une créature des plus bizarres.

— Je ne sais pas. Mais je me demande si ce qu’on appelle les esprits des morts ne serait pas fait des mêmes composants. Peut-être qu’à notre mort la partie intelligente de notre corps emporte avec elle un fragment vivant. Peut-être que nous subissons une métamorphose plutôt qu’une mort physique. Et tous les termes que nous connaissons – corps éthéré, corps astral, esprit – ne désigneraient rien d’autre que cette structure cellulaire qui persiste lorsque la chair n’est plus.

— Ça me dépasse, Aaron.

— Oui, je suis un peu trop théorique. En fait, ce que je veux dire c’est que… tout ce que cette créature peut faire, les morts en sont peut-être aussi capables. On pourrait même supposer que si Lasher possède cette structure il n’est peut-être rien d’autre que l’esprit malveillant d’un mort.

— Nous en reparlerons peut-être un jour, à Londres, au coin du feu, Aaron. Pour l’instant, je dois rentrer et rester auprès d’elle. Comme vous l’avez dit, c’est ce qu’il y a de mieux à faire.

— Vous avez raison. Mais je ne peux m’empêcher de penser à ce que les vieux Mayfair ont dit. Être sauvés. Quelle étrange légende !

— Ils se sont trompés, en tout cas. Elle est la porte. Je l’ai su quand j’ai vu le caveau de famille.

Aaron soupira en hochant la tête. Michael voyait bien qu’il n’était pas satisfait et qu’il y avait encore bien des aspects qu’il voulait aborder. Mais quel intérêt ? Rowan était seule dans la maison avec cet esprit qui essayait de la lui enlever. Et puis elle connaissait sûrement toutes les réponses, elle.

Il regarda Aaron se lever, un peu raide, et se diriger vers le placard pour prendre le manteau et les gants de Michael.

— Soyez très prudent, dit Aaron.

— Oui, je penserai à vous demain soir. Je ne sais pas pourquoi, mais la veille de Noël m’a toujours fait le même effet que la veille du Nouvel An. Ce doit être mon sang irlandais.

— Le sang catholique, dit Aaron. Mais je comprends.

— Si vous ouvrez la bouteille de cognac demain soir, buvez à ma santé.

— Je n’y manquerai pas. Et Michael… si pour une raison ou une autre vous et Rowan voulez venir ici, vous savez que la porte vous est grande ouverte. Jour et nuit. Considérez cette maison comme un refuge.

— Merci, Aaron.

— Encore une chose. Si vous avez besoin de moi, si vous pensez qu’il faut absolument que je vienne, je viendrai.

Michael allait protester mais Aaron avait déjà détourné les yeux. Son visage s’éclaira et il montra du doigt l’imposte au-dessus de la porte d’entrée.

— Il neige, Michael. C’est incroyable ! Il ne neige même pas à Londres !

— Et la veille de Noël, Aaron ! C’est un petit miracle. Mon Dieu ! que la vie serait belle si… Regardez ! La neige ne fond même pas en touchant le sol ! Nous allons avoir un Noël blanc, c’est sûr !

— Attendez ! dit Aaron. J’ai failli oublier votre cadeau de Noël. Il est là.

Il fouilla dans sa poche et sortit un minuscule paquet tout plat.

— Ouvrez-le tout de suite. Ça me ferait plaisir.

Michael déchira le papier dore et aperçut une vieille médaille en argent au bout d’une chaîne.

— L’archange saint Michel ! Aaron, c’est parfait. Vous savez vous y prendre avec les Irlandais superstitieux.

— L’archange saint Michel en train de terrasser le diable dans l’Enfer, dit Aaron. Je l’ai trouvé dans une petite boutique de Magazine Street pendant votre absence et j’ai pensé à vous.

— Je vous remercie, mon vieux.

Michael étudia l’objet. Il était aussi usé qu’une vieille pièce. On distinguait bien l’archange avec ses ailes et son trident, qui transperçait le diable allongé dans les flammes. Il souleva la chaîne, qui était si longue qu’il n’eut pas besoin d’ouvrir le fermoir pour la passer autour de son cou.

Il regarda Aaron un bon moment puis passa ses bras autour de ses épaules et l’étreignit.

— Soyez prudent, Michael. Et appelez-moi sans tarder.

Le lien maléfique
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